Twitter c’est moins pire

, par  Genma , popularité : 2%

Disclaimer

Utilisateur de Twitter depuis 2008, j’ai fait partie des premiers utilisateurs francophones, bien avant que Twitter devienne l’outil de communication des stars autoproclamés et des présentateurs télés. Je ne connais d’ailleurs pas l’usage public et moderne de Twitter. Toutes les stars modernes issues du monde de la télévision sont sur Twitter, ont des milliers voir des millions de followers. Je ne suis pas ces personnes là. Je ne dialogue pas avec des adolescents sur Twitter. Je ne connais pas leurs codes et usages.

C’est mon usage sur lequel je me base pour écrire cet article. Ce billet sera un peu long. Je ferai certains raccourcis, je ne développerai pas tous les aspects. Le but n’est pas de faire une thèse sur Twitter mais un billet qui apporte quelques éléments de réponses et de réflexions. De plus, je ne définirai pas les termes techniques, n’expliquerait pas la façon de fonctionner de Twitter.

Pourquoi ce billet ?

Le point de départ est un mail de Cyrille Borne, il y a un petit moment (le temps que je rédige et publie ce billet), qui me disait, je cite ton compte Twitter en tout cas d’un point de vue public est plus actif que ton compte diaspora*. Je pense qu’il faut quand même expliquer le positionnement Twitter surtout quand tu avances ton point de vue sur la degooglisation, ça sous entendrait que Twitter est moins pire.

Ce à quoi j’ai répondu Ca mérite une réponse longue, argumentée et détaillée que je ferai via un billet de blog je pense. Car mon point de vue et ma réponse sera utile à d’autres aussi.

Voici donc ma réponse

Twitter capuecpaslibre, qu’en pense RMS ?

RMS c’est Richard M. Stallman, le père de GNU et de la philosophie du logiciel libre, les 4 libertés etc. Pour les anglophones, il a sur son site qui est le canal de communication officiel, donné son avis sur Twitter :

Until recently, I had nothing against Twitter. Using it without running nonfree Javascript software was tricky but possible, and it respected users’ privacy. I began to criticize Twitter when I heard it had started to require users to prove identity in some way if they connect through Tor. However, more recently I heard that people were able to connect through Tor without these obstacles. That would mean I don’t know of any problem with Twitter. https://stallman.org/twitter.html

Ce que je traduirai librement par Jusqu’à récemment, je n’avais rien contre Twitter. L’utilisation de ce logiciel sans avoir à exécuter des codes Javascript non-libres était délicate mais possible et respectait la confidentialité des utilisateurs. J’ai commencé à critiquer Twitter quand j’ai entendu qu’il avait commencé à exiger des utilisateurs de prouver leur identité, s’ils se connectaient en passant par Tor. Cependant, plus récemment, j’ai entendu dire qu’il était possible de se connecter via Tor sans ces obstacles. Cela signifierait que je ne connais aucun problème vis à vis de Twitter.

Pour la connexion par Twitter via Tor, dès lors que l’on a activé la double authentification (réception d’un code à usage unique par SMS, à saisir en plus du mot de passe), on n’a pas de soucis. Voir à ce sujet mon billet de réflexions Twitter, numéro de téléphone et pseudonymat

Twitter c’est moins pire

Twitter est le moins pire de GAFAM. Déjà parce que GAFAM, c’est Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, soient les plus grosses capitalisations boursières, et l’argent généré se fait pour une partie sur l’exploitation des données personnelles des utilisateurs, le fameux si c’est gratuit c’est vous le produit. Comme a dit Aeris, On pourrait résumer Facebook à une jolie interface graphique pour que les gens remplissent leurs données publicitaires gratuitement. Celles et ceux qui suivent l’actualité tech savent que Twitter ne fait pas de bénéfices, cherche encore son modèle économique pour entrer dans la rentabilité... Donc Twitter n’est pas un GAFAM.

Oui, Twitter centralise. Oui, Twitter exploite les données personnelles. Mais il ne fait pas avec l’hypocrisie d’un Facebook ou d’un Google... Twitter, on sait que c’est un canal de diffusion publique, tout ce qu’on y met est publique (sauf le cas des comptes non ouverts / privés, mais ils sont rares). Donc, pour faire simple, de mon point de vue Twitter est le moins pire et est donc acceptable. Et nombreux sont les libristes que je cotoie à y être à penser de même. N’en déplaise à ceux qui vont trouver ça incohérent...

Les travers et dérives de Twitter

Certains comptes sont gérés pas des robots et ne sont qu’une publication de contenus de fils RSS. Ou encore, Twitter est utilisé par du grand public, qui sous couvert de pseudonymat et d’une gestion nulle de leur identité numérique en font un nid à troll, à propagation de propos haineux, racites, *phobes... Les conspirationnistes, les partis politiques tel que l’extrême droite, la manif pour tous et autres ont bien compris l’importance d’être sur Twitter pour faire leur propagande et usent de la viralité de ce réseau social... Et Twitter ne ferme pas les comptes malgré les signalements...

Pour ça, je répondrai : il n’y a qu’à choisir les bonnes personnes à suivre, ne pas cliquer sur n’importe quel hashtag des tendances... Je rappellerai l’importance de bien choisir Bref, beaucoup à dire sur ce point, je n’ai pas envie de m’attarder là dessus. Je sais que ça existe, le système n’est pas parfait ; l’humain haineux s’y exprime sans soucis... Et je fais quand même le choix d’être, d’y rester, par confort. Et aussi parce que...

Non il n’y a pas d’alternative réelle

Il faut pratiquer Twitter pour comprendre Twitter.

Diaspora, alternative à Twitter ? Non. Diaspora ne fonctionne pas pareil. Voir à ce sujet Diaspora et ses principales spécificités.

Le public / la population de Diaspora n’est pas celui de Twitter, même parmi les personnes que je suis / avec lesquelles je suis en contact. (De même que la population de Twitter n’est pas la même que celle de Facebook)

Les qualités que je trouve à Twitter : Twitter me permet de dialoguer de façon synchrone et asynchrone. Le synchrone c’est quand je discute en livetwitt avec quelqu’un, enchainant les messages. L’asynchrone se passe avec les mentions, les messages privés ou pas, qu’on lit quand on a le temps (qu’on le prend), un peu comme un mail. Et ce côté hybride me plait beaucoup.

Sur la limitation historique des 140 caractères, j’aime bien car cela force à faire des textes concis, à structurer sa pensée. Et du coup des codes se sont mis en place, avec les twitts qu’on enchaine avec des 1/n, 2/n pour indiquer un discours sur plusieurs twitts... Donc ce n’est pas un souci pour moi.

Le retwitt, c’est partager un message auquel on adhère, une façon de dire "je pense pareil". Et non pas un manque de respect (je cite toujours Cyrille). Cela permet de découvrir de nouvelles personnes, auxquelles je peux m’abonner, avec lesquelles je peux interagir. Il est possible de rendre muet un compte pour ne pas voir les messages d’un compte (et donc ne pas avoir tous les retwitts d’un compte qu’on ne suit pas et que, si on voulait voir ces messages, on suivrait le compte originel). Cela permet de rattraper un message qu’on n’aurait pas vu autrement car on n’était pas devant son écran au moment de sa diffusion...

La masse critique d’utilisateur de Twitter est aussi à prendre en compte dans le fait que pour l’instant, il n’y a pas d’alternative réelle.

Mon usage de Diaspora

Diaspora, par défaut, je mets tout ce que je mets sur Twitter, via des copier-coller. Mais souvent les messages sont en mode partage uniquement aux abonnés et donc n’apparaissant pas dans le fil public. De plus, j’interagis plus avec des personnes sur Twitter (plus de monde me suit et voit mes messages, y réagit) et Twitter est donc de facto mon principale canal de communication publique en dehors de mon blog. J’insiste sur publique.

Twitter et les relations du monde numérique

Je citerai une fois de plus Cyrille, qui, dans un de ses billets qui dit On n’est pas loin d’ailleurs des réseaux sociaux, connectés avec 1000 personnes par jour sans avoir de vraie relation avec l’une d’entre elles (Oui je sais c’est hors contexte, j’extrais ce qui m’intéresse etc.)

J’irai à contre-sens. Régulièrement, lors d’événements associatifs, le week-end, je fais la rencontre de personnes que je ne connaissais que par des interactions via les réseaux sociaux, Twitter principalement. Et durant ces rencontres dans le monde non numérique, dure entre quelques minutes et plusieurs heures, les relations sont amicales, les moments passés sont tout aussi bon que les moments que je passe à discuter avec ces mêmes personnes, à interagir avec elles via les réseaux sociaux. J’ai appris à les connaitre via les messages publics qu’elles diffusent sur les réseaux sociaux... Le côté public permet à chacun.e de pouvoir découvrir la personnalité des autres, apprendre à les apprécier. Un échange en privé ne permettrait qu’à la seule personne avec qui je discute d’apprendre à me connaitre et réciproquement, le côté public du réseau social permet de découvrir plusieurs personnes, de les apprécier... Tout ça pour dire que le jugement de vraies relations cela montre bien que selon l’expérience de chacun.e, la vision est biaisée ;)

Conclusion

Je pense que même avec ce long billet, je n’aurai pas réussi à expliquer en quoi promouvoir la Degooglisation, le logiciel libre tout en étant sur Twitter, ce n’est pas pour moi une incohérence... Twitter ce n’est pas libre, mais c’est un canal de communication incontournable pour moi. J’ai un compte Facebook qui dort dans un coin, je ne communique plus dessus alors que beaucoup de personnes n’ont que Facebook comme réseau social. J’ai déjà fort à faire pour diffuser des connaissances sur Twitter, j’ai donc laissé tombé Facebook qui nécessite presque d’avoir un compte pour voir les messages (et faire un copier-coller de plus, même si ça peut s’automatiser via les API de Facebook pour enrichir encore plus le profil Facebook ne m’intéresse pas).