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Ne passe-t-on pas à côté de l’essentiel ?

D 4 février 2015     H 09:30     A Genma     C 6 messages   Logo Tipee

TAGS : Les réflexions du Genma Café vie privée

On ne dit pas crypter

Souvent quand sur Twitter quelqu’un utilise le mot crypter, s’en suit alors des échanges du type débat sur l’usage de ce mot. Faut il laisser dire crypter, chiffrer...

Chacun y allant de son avis, je présenterai donc le mien sur ce débat. En bon français on doit dire chiffrer... En effet, "chiffrer" signifie encoder avec une clef. Et la fonction inverse, "déchiffrer", c’est décoder avec une clef. Si on n’a pas la clef, on parle alors de décrypter (décoder sans la clef) et on va donc casser le chiffrement. Et par conséquent, "crypter" voudrait alors dire "encoder sans la clef", ce qui n’existe pas. En anglais, "to crypt" n’existe pas et on utilise plutôt des mots comme cipher, encipher, sachant que encrypt, decrypt sont majoritairement utilisés.

Crypter, c’est réaliser le cryptage de quelque chose, d’après le Larousse. Et le cryptage, c’est la Transformation d’un message en clair en un message codé compréhensible seulement par qui dispose du code. Il y a aussi le terme de cryptique qui ce dit ce ce qui n’est pas immédiatement compréhensible. Dans le langage commun, on parle donc de crypter/décrypter, mais on n’associe pas forcément ces termes aux bonnes fonctions : quid de l’usage d’une clef de chiffrement ? Le concept qu’il y a derrière reste bien mystérieux...

Avec ces débats de chapelle, ne passe-t-on pas à côté de l’essentiel, qu’est la nécessité de partager ces notions de chiffrement (et plus largement de diffuser les connaissances associées à la réappropriation de la vie privée ?).

Etre pointilleux d’accord, mais vulgarisons

Je pense que c’est bien d’être pointilleux, mais il faut aussi savoir vulgariser. Juger voir rejeter quelqu’un parce qu’il parle de "crypter", de "cryptage" au lieu de "chiffrer" et de "chiffrement", c’est le rejeter. Surtout si nous utilisons un ton dur et même si c’est de l’humour. La personne se sentira dévalorisée, et nous partirons de suite sur une mauvaise base, une sorte de "Moi je sais et je t’impose le comment il faut dire".

Je ne m’attarderai pas trop sur le sujet, car ce peut-être long. Pour aller plus loin dans la notion de responsabilité que l’on a quand on diffuse des connaissances, je vous invite à lire la traduction française d’un billet d’Okhin A propos de l’apprentissage et de l’enseignement.... En quelques mots, le message que je veux faire passer et le fait que, soit on reste dans notre monde de geek, libriste, cryptoanarchiste ou autre, et on s’acharne à vouloir répondre des "on dit chiffrer bordel" dès que l’on voit un "crypter". Il faut essayer d’être pédagogue, humble, ouvert d’esprit et d’accepter de faire des compromis. On doit accepter de vulgariser, d’expliquer à des non-informaticiens le chiffrement via des interfaces graphiques, (même si notre modèle de menace fait que l’on utilisera la ligne de commande) ; on ne doit pas imposer aux personnes des outils, mais comprendre ce dont elles ont besoin, les sensibiliser. Elles ont le droit de ne pas vouloir tout apprendre et comprendre, il faut s’adapter.

Nous devons accepter d’entendre des termes que nous jugeons inappropriés, en utilisant nous-mêmes les bons termes, en les expliquant calmement et sereinement. Et quand les gens viendront aux "Café vie privée", ils viendront pour savoir comment "crypter" et repartirons en ayant appris à chiffrer.

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6 Messages

  • J’aime bien cette idée : "Soyons pointilleux mais vulgaires" ;)


  • Oui, mais :
    - cryptographie
    - cryptologie
    - cryptanalyse


  • je suis 100% d’accord avec : si le terme cryptage passe mieux auprès du plus grand nombre, permet de mieux faire comprendre le problème, alors utilisons-le.

    Ensuite, on rajoutera que le terme puriste est chiffrement. Plus tard.


  • Bah Damien je ne suis pas d’accord avec toi :)
    Je pense qu’il faut apprendre au grand public à utiliser le bon terme tout de suite.
    Parce que ça leur permettra d’avoir de bonnes bases pour commencer. Et que tu coup il pourrons plus facilement progresser dans la bonne direction.
    Pour moi le logiciel libre et l’éducation vont de pair. Si on apprends aux personnes à utiliser les bons mots (riche de sens) il y a de fortes chances pour qu’il puisse déjouer à l’avenir les discours nuisibles pour leurs libertés. (comme le gouvernement qui dit qu’il faut abandonner ses libertés pour plus de sécurité).
    La plupart des logiciel propriétaires de sécurité parlent de "crypter les données", la plupart des logiciel libre parlent de "chiffrer les données". À quel logiciel peut-on vraiment se fier ? Ceux qui diffusent la connaissance du code ET du bon vocabulaire à mon avis.


  • Je suis assez d’accord avec le commentaire précedent (#4), l’apprentissage commence avant tout par apprendre à utiliser les bons termes. Cela permet, entre autre, de visualiser instantanément quels outils on va utiliser et dans quel but.

    Si on veut passer une porte fermée à clef, sans avoir la clef, le terme "ouvrir" ne s’applique plus. "enfoncer" ou "effraction" doivent s’appliquer avec des buts, des moyens différents et autres conséquences éventuellement facheuses, sauf si on donne le mandat à un serrurier de décrypter notre propre serrure :)


  • Bon article.
    J’ajouterais que même dans la presse spécialisée l’erreur se fait parfois, il m’est arrivé de tomber sur "crypter" dans GNU/Linux Magazine sans que le reste de l’article (justement sur le chiffrement) soit moins pertinent.


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